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« Est-ce qu’elle crie déjà ? » — voilà ce que j’ai entendu de l’autre côté de la porte métallique. Deux voix allemandes. L’une riait, l’autre se contentait d’approuver. Je ne savais pas encore ce que cela signifiait, mais mon corps tremblait déjà, parce qu’au fond de moi, quelque chose de primitif avait compris avant même mon esprit. Je m’appelle Thérèse Duvallon.

« Est-ce qu’elle crie déjà ? » — voilà ce que j’ai entendu de l’autre côté de la porte métallique. Deux voix allemandes. L’une riait, l’autre se contentait d’approuver. Je ne savais pas encore ce que cela signifiait, mais mon corps tremblait déjà, parce qu’au fond de moi, quelque chose de primitif avait compris avant même mon esprit. Je m’appelle Thérèse Duvallon.

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« Elle crie déjà ? » C’est ce que j’ai entendu de l’autre côté de la porte métallique. Deux voix allemandes. L’une a ri, l’autre s’est contentée de confirmer. Je ne savais pas encore ce que cela signifiait, mais mon corps tremblait déjà car quelque chose en moi, quelque chose de viscéral, l’avait déjà compris. Je m’appelle Thérèse Duvallon.

J’ai 83 ans et j’ai passé la majeure partie de ma vie à essayer d’effacer cette question de mon esprit. En vain. Elle revient, Chacob. Chaque fois que je ferme les yeux et que le silence devient insupportable, je me dis qu’ils ne nous ont pas emmenées au travail. Ils ne nous ont pas emmenées pour un interrogatoire. Ils nous ont emmenées dans un endroit où de jeunes Françaises étaient séparées, observées et catégorisées.

Et où étaient-ils ? Certains avaient été choisis, non par hasard, mais selon des critères que nul n’aurait pu imaginer. Je n’étais qu’une fillette de dix ans, fille de boulanger, née et élevée à Hansy, un petit village des Alpes françaises où tout le monde se connaissait, où la guerre semblait encore lointaine. Quelque chose qui se passait dans les journaux, pas dans nos rues, jusqu’à ce qu’elle cesse d’être lointaine, jusqu’à ce qu’on frappe à ma porte.

Mars 1943, Aub. Un froid glacial. Ma mère était dans la cuisine quand nous avons entendu des coups secs, métalliques et autoritaires. Mon père a ouvert la porte. Trois soldats allemands en uniformes impeccables, le visage impassible. L’un d’eux tenait une liste. Il a lu mon nom. Teresa Duallon, 19 ans. Licence. Venez avec nous.

Aucune explication, pas le temps de poser des questions. Ma mère a tenté de me retenir par le bras. On l’a plaquée contre le mur. Mon père a fait un pas en avant. La crosse d’un fusil l’a frappé au visage. Il est tombé. Du sang coulait de son nez. J’ai crié, mais ils m’emmenaient déjà de force. Le camion attendait dans la rue, sa bâche déployée, moteur tournant.

Il y avait d’autres femmes à l’intérieur. J’en ai reconnu quelques-unes. Des jeunes filles, pour la plupart âgées de 16 à 25 ans, assises sur des bancs en bois, les yeux grands ouverts, la respiration superficielle. Personne ne parlait, personne ne comprenait. Si quelqu’un m’avait demandé à ce moment-là ce qui se passait, je n’aurais pas su quoi répondre. J’ai cru qu’il y avait une erreur.

Je pensais qu’ils nous libéreraient. Je pensais être à la maison avant l’aube. Je me trompais. Nous avons roulé pendant des heures. Le froid dans le camion était glacial. Pas d’abri, pas d’eau. Juste le bruit du moteur, l’odeur du diesel et la peur grandissante parmi nous. Certains pleuraient doucement, d’autres priaient. Je me contentais de regarder mes mains. Elles tremblaient.

Je n’ai pas pu les arrêter. Quand le camion s’est enfin immobilisé, il faisait jour. Nous sommes descendus dans un endroit que je n’avais jamais vu. Un complexe entouré de barbelés, de miradors, de gardes armés partout, de longues baraques grises alignées comme des cercueils. À l’entrée, un panneau en allemand. Je ne pouvais pas le lire, mais une des femmes à côté de moi qui parlait allemand l’a facilement traduit : « Camp de travail pour femmes, zone de contrôle militaire, travail. »

Ce mot semblait presque rassurant. Je me suis dit : « On travaillera, on rentrera à la maison, ça va passer. » Mais en franchissant le portail, j’ai vu quelque chose qui m’a glacée le sang. Des centaines de femmes, maigres, sales, le regard vide, se déplaçaient comme des ombres entre les baraques. Certaines portaient des seaux, d’autres lavaient le linge dans d’énormes bassines remplies d’eau sale.

Mais ce qui m’effrayait le plus, ce n’était pas le travail, c’était le silence. Personne ne parlait, personne ne nous regardait, nous autres nouveaux arrivants, comme s’ils savaient déjà, comme s’ils avaient déjà renoncé à nous prévenir. On nous a conduits à un baraquement d’enregistrement. À l’intérieur, un grand officier allemand blond, impeccablement vêtu, nous observait tandis que deux assistants notaient nos noms, nos âges et nos villes d’origine.

Elles marchaient lentement parmi nous. Elle scrutait chaque visage, chaque corps comme si elle choisissait des fruits au marché. Arrivée à ma hauteur, elle s’arrêta, inclina la tête et dit quelque chose en allemand à l’assistante. Ils écrivirent quelque chose à côté de mon nom. Je ne comprenais pas, mais je voyais bien l’expression dans les yeux de la femme à côté de moi.

Elle l’entendit et son visage se décomposa. Ce n’est que plus tard que j’en compris le sens. Si vous pensez connaître l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, ce témoignage bouleversera votre perspective à jamais. Thérèse du Vallon s’apprête à révéler ce qui se cachait derrière les portes closes des camps sous contrôle allemand. Des vérités effacées des livres d’histoire, des méthodes qu’on a tenté d’effacer et des cris réduits au silence pendant plus de soixante ans.