L’Italie vient de provoquer un véritable séisme au sein de l’Union européenne. Le gouvernement de Giorgia Meloni a décidé d’intensifier sa politique migratoire en déployant des soldats aux frontières et en autorisant des mesures radicales pour contrer les arrivées irrégulières. En un an, les traversées maritimes illégales ont chuté de près de 60 %, un chiffre qui suscite des réactions vives à Bruxelles, où certains y voient un succès national mais un défi pour la solidarité européenne.

Face à une crise migratoire persistante en Méditerranée centrale, Rome a adopté une approche draconienne. Des navires de guerre patrouillent désormais activement en mer pour intercepter les embarcations de migrants, tandis que les ONG humanitaires font face à des amendes exorbitantes et à des restrictions opérationnelles renforcées. Les migrants interceptés risquent d’être transférés vers des centres de rétention situés en dehors du territoire de l’UE, une stratégie qui soulève de graves inquiétudes quant au respect des droits humains et des obligations internationales en matière d’asile.

Giorgia Meloni défend ces mesures avec fermeté, affirmant qu’elles sont indispensables à la survie de l’Italie en tant que nation souveraine. « L’Italie n’est pas un camp de réfugiés à ciel ouvert », a-t-elle répété à plusieurs reprises, soulignant que les flux incontrôlés menacent la sécurité nationale et l’équilibre social du pays. Cette ligne dure porte ses fruits : les statistiques officielles montrent une baisse spectaculaire des arrivées par mer, passant de plus de 150 000 en 2023 à environ 60 000 en 2024, et une tendance similaire se confirme en 2025 malgré des fluctuations saisonnières.
Ce résultat est attribué à une combinaison d’accords avec les pays d’origine et de transit, comme la Libye et la Tunisie, à une répression accrue des passeurs, et à une dissuasion proactive en haute mer.

Cette politique marque une rupture nette avec les approches précédentes, souvent qualifiées de réactives et permissives. Sous Meloni, l’Italie est passée d’une gestion en urgence à une stratégie de contrôle stratégique des routes migratoires. Le gouvernement espère que la perturbation systématique des départs depuis les côtes nord-africaines réduira durablement le nombre de tentatives. Cependant, cette fermeté n’est pas sans critiques acerbes. Les défenseurs des droits de l’homme dénoncent une cruauté masquée sous des arguments de compétence administrative.
Les centres d’accueil italiens se sont désengorgés, mais des ONG signalent des retards dans les opérations de sauvetage en mer, brouillant la frontière entre coordination nécessaire et obstruction délibérée. Des accusations d’obstruction au sauvetage en mer ont été portées contre les autorités, bien que Rome rétorque que la priorité est d’éviter les traversées dangereuses plutôt que de les gérer après coup.
Le plan albanais, pierre angulaire de cette externalisation, prévoit le transfert de migrants interceptés vers des centres gérés par l’Italie en Albanie pour y traiter leurs demandes d’asile de manière accélérée. Signé fin 2023, cet accord bilatéral a rencontré de multiples obstacles juridiques. La Cour de justice de l’Union européenne a invalidé certains aspects en 2025, notamment en critiquant la désignation de « pays sûrs » de manière partielle ou géographique, rendant les rapatriements difficiles. Des juges italiens ont suspendu des transferts, forçant Rome à contourner ces blocages par des décrets législatifs.
Malgré ces revers, Meloni reste déterminée : elle assure que le pacte européen sur la migration et l’asile, entrant en vigueur en juin 2026, permettra enfin un fonctionnement optimal des centres albanais en alignant les règles sur une liste commune de pays sûrs validée par le Parlement européen.
Bruxelles, de son côté, a adopté un pacte migratoire européen qui durcit les procédures aux frontières, accélère les expulsions et prévoit des mécanismes de solidarité. Pourtant, les critiques persistent : l’argent alloué ne résout pas les causes profondes des migrations, comme les conflits, la pauvreté et le changement climatique. L’Italie, en insistant sur le contrôle strict de ses frontières, envoie un message clair : les pays de première ligne ne peuvent plus porter seuls le fardeau d’un système déséquilibré.
Rome revendique que sa stratégie influence désormais l’UE entière, avec l’adoption récente de listes de pays sûrs et d’options d’externalisation qui rappellent le « modèle Albanie ».
Ces tensions risquent de se déplacer vers d’autres États membres, notamment la Grèce et l’Espagne, qui font face à des routes migratoires alternatives. La fermeture effective des frontières italiennes pourrait rediriger les flux vers d’autres régions de la Méditerranée, augmentant la pression sur ces pays et testant la cohésion européenne. Parallèlement, des sondages indiquent que 42 % des Italiens envisagent sérieusement un « Italexit » en cas de blocage persistant sur ces questions, illustrant la montée du souverainisme face à une UE perçue comme trop laxiste ou inefficace.
L’Italie doit désormais naviguer entre impératifs de sécurité nationale et respect des droits humains fondamentaux. Les décisions des prochains mois pourraient redéfinir non seulement la politique migratoire italienne, mais aussi l’architecture même de l’Union européenne. La situation reste tendue : les conséquences des actions de Rome se feront sentir bien au-delà de ses frontières maritimes. L’avenir de la solidarité européenne est en jeu, et l’Italie semble prête à prendre des mesures audacieuses pour défendre ses intérêts nationaux, quitte à bousculer l’équilibre communautaire.