On appelait ça « B@ut!sm0 » — Qu’ont-ils fait aux prisonniers soviétiques le premier jour ?

Ce témoignage bouleversant, enregistré en 1997, révèle une vérité longtemps enfouie sur le sort des prisonniers soviétiques dans les camps nazis. À travers le récit de Galina Sokolova, nous découvrons ce que signifiait réellement ce mot codé : « B@ut!sm0 ».
Je m’appelle Galina Sokolova. J’ai soixante-quinze ans. Je suis assise dans ma petite chambre à Saint-Pétersbourg, et dehors il neige, comme en 1941. Le froid me rappelle ce premier jour que je n’ai jamais oublié.
En 1941, lorsque l’Allemagne nazie lance l’invasion de l’Union soviétique sous le nom d’Opération Barbarossa, des millions de soldats soviétiques sont capturés. Beaucoup sont envoyés dans des camps de concentration administrés par le régime d’Adolf Hitler.
Les prisonniers soviétiques étaient considérés par l’idéologie nazie comme des ennemis inférieurs. Dès leur arrivée, ils subissaient un traitement d’une brutalité extrême. Le premier jour, surnommé cyniquement « B@ut!sm0 », marquait leur entrée dans l’enfer concentrationnaire.
Galina Sokolova n’était pas soldate. Elle avait vingt ans lorsque son village fut occupé. Accusée d’avoir aidé des partisans, elle fut arrêtée puis transportée dans un wagon à bestiaux vers un camp situé en Pologne occupée.
Le voyage dura plusieurs jours sans nourriture suffisante ni eau potable. Les prisonniers étaient entassés, incapables de s’asseoir correctement. Certains mouraient déjà avant même d’atteindre le camp, victimes de froid, de faim ou d’épuisement.
À l’arrivée, les portes s’ouvrirent brutalement sous les cris des gardes. Des hommes en uniforme, membres de la SS, frappaient avec des crosses de fusil. Le « B@ut!sm0 » commençait immédiatement par des coups et des humiliations publiques.
On leur ordonnait de descendre en courant, sous peine d’être battus. Ceux qui tombaient étaient laissés au sol. Galina se souvient d’un jeune soldat soviétique abattu d’une balle pour avoir levé la tête.
Les prisonniers étaient ensuite alignés pour une sélection brutale. Les officiers nazis examinaient les corps, cherchant des signes de faiblesse. Les malades ou blessés étaient séparés. Beaucoup disparaissaient le jour même, sans explication.
Le premier jour comprenait aussi la confiscation totale des effets personnels. Les alliances, les photos de famille et les vêtements chauds étaient arrachés. Cette dépossession systématique visait à briser l’identité et la dignité humaine.
Les prisonniers recevaient un uniforme rayé trop grand ou trop petit, parfois des sabots en bois inadaptés au froid. Pour les prisonniers soviétiques, les rations alimentaires étaient particulièrement faibles comparées à d’autres détenus.
Selon les archives historiques, des millions de prisonniers de guerre soviétiques périrent durant la Seconde Guerre mondiale. Les conditions dans les camps dépendaient du lieu, mais la faim et les maladies étaient omniprésentes.
Galina explique que le mot « B@ut!sm0 » était utilisé par certains gardes avec ironie. Pour eux, c’était une initiation. Pour les détenus, c’était le moment où toute illusion de survie facile disparaissait définitivement.
Après l’enregistrement administratif, les prisonniers subissaient souvent une désinfection brutale. On les forçait à se déshabiller complètement, puis on les rasait. Le froid mordant de l’hiver pénétrait leurs corps amaigris.
Dans certains camps liés au complexe d’Auschwitz-Birkenau, les prisonniers soviétiques furent parmi les premières victimes d’expérimentations et d’exécutions massives. Les témoignages ultérieurs ont confirmé l’ampleur des atrocités commises.
Galina ne connaissait pas encore le nom d’Auschwitz lorsqu’elle arriva. Elle ne savait rien de la machine industrielle de mort qui fonctionnait déjà. Elle comprit seulement que le premier jour était conçu pour écraser toute résistance.
La faim devint rapidement une compagne constante. Une soupe claire et un morceau de pain constituaient la ration quotidienne. Les prisonniers soviétiques, jugés politiquement dangereux, recevaient souvent moins que les autres détenus.
Le travail forcé commençait dès les premiers jours. Transport de pierres, creusement de tranchées, construction d’infrastructures militaires. Les gardes surveillaient chaque mouvement, prêts à punir le moindre ralentissement.
Galina raconte avoir vu des femmes s’effondrer d’épuisement dès la première semaine. Le « B@ut!sm0 » ne se limitait pas à une journée. C’était un processus continu de déshumanisation qui marquait durablement les esprits.
Après la libération des camps en 1945, le silence s’installa. En Union soviétique, les anciens prisonniers étaient parfois regardés avec suspicion. Beaucoup, comme Galina Sokolova, choisirent de ne rien dire pendant des décennies.
Ce n’est qu’en 1997 qu’elle accepta d’enregistrer son témoignage. Assise dans sa chambre à Saint-Pétersbourg, elle parlait d’une voix calme. Mais ses yeux reflétaient encore la terreur du premier jour.
Les historiens estiment que le traitement des prisonniers soviétiques fut particulièrement meurtrier. Les taux de mortalité dépassaient largement ceux d’autres prisonniers de guerre occidentaux détenus par l’Allemagne nazie.
Aujourd’hui, ces récits constituent une source essentielle pour comprendre la réalité des camps de concentration nazis. Ils rappellent que derrière chaque statistique se cache une histoire individuelle de souffrance et de survie.
Le témoignage de Galina Sokolova nous oblige à regarder en face cette page sombre de l’histoire européenne. Le mot « B@ut!sm0 » symbolise la brutalité systématique infligée dès le premier jour aux prisonniers soviétiques.
Alors que la neige tombe encore sur Saint-Pétersbourg, Galina conclut son récit. Elle affirme que parler est une manière de rendre justice à ceux qui ne sont jamais revenus.
Se souvenir, documenter et transmettre ces témoignages est essentiel pour prévenir la répétition de telles atrocités. L’histoire des prisonniers soviétiques dans les camps nazis reste un avertissement puissant pour les générations futures.